07juil.

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Revue de web #4 : les blogs littéraires

Billets de lecture sur Internet 
Une culture du don et du service

La lecture de Molière - J-F. De Troy (vers 1728)

La lecture de Molière - J-F. De Troy (vers 1728) / Wikimedia

En quête du plaisir littéraire sans fin, de nombreux lecteurs, souvent bibliovoraces, trouvent une grande satisfaction personnelle à rendre compte de leur passion et à la partager avec la grande famille virtuelle du Net.

Un nouveau paysage littéraire

Ces blogs de lecture, au même titre que les blogs de chroniques littéraires, les blogs d’auteurs, les blogs d’écriture, de poésie, de BD, de littérature de jeunesse, ainsi que les blogs sur l’édition, sur les bibliothèques ou le livre numérique composent le paysage de ce que les initiés appelle la blogosphère littéraire.

Dans le domaine de la lecture, la blogosphère littéraire a pour animateurs aussi bien des pros tels que libraires, éditeurs, journalistes…, que des amateurs : pour beaucoup des lectrices « papivores », qu’elles soient enseignantes, documentalistes, mères de famille, femmes au foyer, ou tout autre.

Les carnets de lecture de ces bénévoles passionnées tiennent à la fois du journal intime, du carnet de bord ou carnet de notes, et outre qu’ils fassent preuve d’authenticité, de convivialité, de créativité et de dynamisme, ils offrent un pur et vrai regard de lecteur, motivé par le partage du coup de cœur (ou de griffe), de l’émotion, du  bonheur ressenti, bref, du plaisir de la découverte !

 

Provoquer des envies de lecture, susciter le débat sans être assujettis à l'actualité littéraire

Quelque soient leur forme et nom, chroniques de lecture, chroniques littéraires, commentaires, critiques et fiches de lecture, billets…avec une prédilection pour certains genres ou tous azimuts, la démarche est similaire : lire suivant ses envies, ou suivant des contraintes délibérément choisies, parler de livres récents ou non, sortir des sentiers battus, des gros succès d’édition (cf. création du prix de l’Inaperçu), et n’être pas tenu par la nouveauté éditoriale à tout crin. Il s’agit aussi de repérer de nouveaux talents, de provoquer des envies de lectures et de susciter le débat autour des livres, sans pour autant être assujettis à l’actualité littéraire, ou au rythme des parutions (ni les exclure).

Participatifs et collaboratifs donc, ces blogs favorisent l’émulation et l’échange par le biais de commentaires, d’informations (forums, blog-it express), par le partage (chacun propose sa liste de liens) et constituent une communauté littéraire virtuelle très imbriquée et soudée, grâce aux diverses propositions interactives imaginées et organisées entre eux par les internautes autour de leur passion favorite : la lecture. Cela va des « livres voyageurs » (un même roman transmis et lu par plusieurs bloggers qui s’engagent à alimenter de leurs commentaires le billet initial), aux défis et challenges thématiques divers (Nature writing, Voisins/voisines, In the mood for Japan…), en passant par le « swap » (échange de menus cadeaux sur un thème avec contrainte de forme et de contenu : livres+gourmandises+objet divers) envoyé par la poste ; et bien d’autres encore (Livres en troc, Objectif PAL, Vive les classiques…)

 

Un phénomène qui interpelle éditeurs et auteurs

Pour les suivre, il va s’en dire qu’il est nécessaire, sans difficulté aucune, d’intégrer un petit jargon bloguesque de connivence, qui leur est propre, à savoir par exemple, ce que signifie une PAL (pile à lire), une LAL (liste à lire), une wish-list (liste de souhaits), une MEL (mes envies livresques), un swap (échange), une blogroll ou blogroulette (moteur de recherche) etc...

Toujours en quête, « promeneurs du dimanche » ou «randonneurs confirmés», souvent incognito grâce à leur pseudo, leur avis sans concession ni prétention, leur curiosité et leur enthousiasme n’ont d’égal que leur pouvoir de conviction. Initiateurs de logos astucieux, leurs professions de foi ou exergues humanistes à la gloire du livre et de la lecture en frontispice, bousculent la critique conventionnelle et en redistribuent les cartes. 

Il est vrai que l’ensemble des ces blogs de lecture forment une œuvre collective rédactionnelle salutaire dont la force et la liberté de ton, non négligeables, font relance pour le débat et la critique littéraire traditionnels,  à tel point que le phénomène interpelle les éditeurs et les auteurs qui n’y sont pas insensibles. Mais comment amadouer et louer les services de ces incorruptibles LCA (Lecteurs Compulsifs Anonymes) dont les bannières claquent au vent des pages ?

 

Agnès (BDP du Calvados)

 
Source de l'illustration de l'article : Wikimedia

Les blogs littéraires : une affaire de femmes

Incorruptibles et sincères marathoniennes du bouquin, les petites cousines de Bridget Jones (mais pas que) lisent à foison. Elles connaissent les écrivains et elles en parlent de belle manière sur la Toile ! Créatrices de blogs, on peut ainsi les suivre au travers de leurs lectures depuis le milieu des années 2000. Leurs commentaires, libres, avisés et spontanés alimentent une bonne partie des quelques 800 blogs littéraires francophones actuellement recensés !

Au 16e siècle déjà...

C'est aux 16e et 17e siècles (jusqu'au 19e) dans les salons littéraires où se réunissaient hommes et femmes de lettres qu'est née l'art de la causerie littéraire. Et, déjà, ces lieux de débats et de discussions parfois enflammés étaient tenues et animées par des femmes : Mme de Rambouillet, Mme Geoffrin, la duchesse du Maine, Julie de Lespinasse, Germaine de Staël... pour les plus célèbres.